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Le radon à la maison, ce gaz discret venu du sous-sol

Il n'a ni odeur, ni couleur, ni goût, et pourtant il peut s'installer tranquillement dans une cave ou un salon de plain-pied. Le radon est un gaz naturel que l'on ne repère qu'en le mesurant. Voici comment s'y prendre, et ce que l'on peut faire ensuite.

· 6 min de lecture

Maisons de pierre aux toits d'ardoise à flanc de colline, dans une région au sous-sol rocheux

Le radon a quelque chose de déroutant. On peut vivre trente ans dans une maison sans jamais soupçonner sa présence, parce qu'aucun de nos sens ne le perçoit. Pas d'odeur de renfermé, pas de trace sur les murs, pas de buée. Il ne se manifeste que sur l'écran d'un laboratoire, après une mesure.

Rien d'alarmant pour autant : il s'agit surtout de savoir si sa maison est concernée, de mesurer si besoin, puis d'adopter quelques habitudes.

Un gaz naturel qui monte des roches

Le radon est un gaz radioactif d'origine entièrement naturelle. Il se forme dans le sol, à partir de l'uranium présent en petite quantité dans certaines roches. On le trouve surtout dans les terrains granitiques et volcaniques, mais il peut apparaître ailleurs, selon la nature du sous-sol et ses fissures.

Dehors, il se dilue aussitôt dans l'air et ne pose pas de question particulière. Le problème commence quand il trouve un chemin vers l'intérieur d'un bâtiment. Le sol « respire » en permanence, et le gaz remonte par les moindres interstices : fissures de la dalle, joints entre le sol et les murs, passages de canalisations, trappes de cave, terre battue d'un vieux sous-sol.

Une maison chauffée joue en plus un rôle d'aspirateur discret. L'air chaud monte et s'échappe par le haut, ce qui crée une légère dépression dans les niveaux bas. Le logement tire alors un peu d'air du sol, et le radon avec lui. C'est pour cette raison que les concentrations sont souvent plus élevées l'hiver, radiateurs allumés et fenêtres fermées.

Les pièces les plus exposées

Le radon s'accumule là où il entre et où l'air se renouvelle mal. Les lieux à surveiller en priorité :

  • les caves et sous-sols, surtout s'ils sont en terre battue ou peu ventilés ;
  • les pièces du rez-de-chaussée, en particulier dans les maisons construites directement sur terre-plein, sans vide sanitaire ;
  • les pièces fermées et peu aérées : une chambre d'amis close tout l'hiver, un bureau au fond de la maison ;
  • les logements très calfeutrés, où l'on a supprimé les entrées d'air ou bouché les grilles.

À l'inverse, un appartement situé au troisième étage d'un immeuble est en général peu concerné, puisqu'il est éloigné du sol. Ce sont surtout les maisons individuelles et les logements de plain-pied qui doivent se poser la question.

Savoir si sa commune est concernée

Il existe une carte officielle qui classe chaque commune selon son potentiel radon, en trois catégories, du plus faible au plus significatif. Elle se consulte en ligne gratuitement : il suffit de chercher « carte potentiel radon par commune » pour trouver le service public qui la publie. En quelques secondes, on sait dans quelle catégorie se trouve son village ou son quartier.

Ce classement donne une tendance, pas une certitude. Deux maisons voisines peuvent afficher des niveaux très différents selon leur construction, leur étanchéité côté sol et la façon dont elles sont ventilées. Une commune classée en potentiel faible n'exclut pas un chiffre élevé dans une maison particulière, et inversement. La carte sert surtout à savoir s'il vaut la peine de mesurer.

Le radon est un enjeu de santé publique reconnu, et les autorités recommandent de le mesurer dans les zones concernées.

Mesurer : le dosimètre, simple et patient

La bonne nouvelle, c'est que la mesure est à la portée de tous. L'outil de référence est le dosimètre passif : un petit boîtier de la taille d'une boîte d'allumettes, sans pile ni fil, que l'on pose et que l'on oublie. Il s'achète pour un prix modeste, analyse comprise, et on le renvoie ensuite à un laboratoire qui calcule la concentration moyenne.

Pour que le résultat ait du sens, on respecte quelques règles :

  1. Mesurer en période de chauffage, entre l'automne et le printemps, quand les fenêtres restent fermées et que le radon s'accumule le plus.
  2. Laisser le dosimètre en place environ deux mois. Le radon varie beaucoup d'un jour à l'autre, selon la météo et le chauffage : une longue mesure lisse ces écarts.
  3. Le placer dans les pièces de vie du rez-de-chaussée ou du niveau le plus bas habité : salon, chambre, bureau. Pas dans la cave si personne n'y vit, pas dans la salle de bains.
  4. Le poser à hauteur d'homme ou sur un meuble, loin des fenêtres, des radiateurs et des courants d'air, sans le déplacer pendant toute la durée.
  5. Vivre normalement : on continue d'aérer comme d'habitude, sinon la mesure ne reflète pas la réalité du quotidien.

Pour une maison avec plusieurs pièces au rez-de-chaussée, on conseille souvent d'utiliser deux dosimètres dans deux pièces différentes.

Lire le résultat

Le laboratoire exprime la concentration en becquerels par mètre cube (Bq/m³). Le niveau de référence couramment cité est de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle. En dessous, on se contente des bons gestes d'aération. Au-dessus, il est conseillé d'agir, d'abord par des mesures simples, puis par des travaux si le chiffre est nettement plus élevé ou ne baisse pas.

Il existe aussi de petits détecteurs électroniques à affichage continu. Ils sont pratiques pour suivre l'effet d'un changement, ouvrir une trappe ou relancer une ventilation, mais un dosimètre posé deux mois reste la référence pour établir un niveau moyen.

Les gestes qui font déjà baisser le niveau

Une grande partie du travail consiste à faire deux choses : empêcher le gaz d'entrer, et évacuer celui qui est entré. Pour la seconde, l'aération quotidienne reste la base, comme pour l'humidité ou les odeurs. Nos repères pour ouvrir les fenêtres au bon moment s'appliquent parfaitement ici.

La liste à suivre ce week-end

  • Aérer chaque jour, cinq à dix minutes matin et soir, y compris en hiver, en insistant sur les pièces du bas.
  • Ne jamais boucher les entrées d'air des fenêtres ni les grilles de ventilation, même par grand froid.
  • Vérifier que la ventilation fonctionne : bouches propres, ventilation mécanique allumée en permanence. Notre article sur le fonctionnement d'une VMC détaille l'entretien.
  • Reboucher les fissures visibles de la dalle et les joints entre sol et murs avec un mastic adapté.
  • Calfeutrer les passages de canalisations au sol, autour des tuyaux d'eau et d'évacuation.
  • Fermer la porte entre la cave et la maison, et poser un joint sur son pourtour si elle bâille.
  • Dégager et ventiler le vide sanitaire, en vérifiant que ses grilles ne sont pas obstruées par des feuilles ou de la terre.

Ces gestes ont un intérêt qui dépasse le radon. Une maison bien ventilée et étanche côté sol est aussi une maison où l'humidité reste sous contrôle, avec moins d'odeur de cave dans les pièces du bas.

Quand il faut aller plus loin

Si la mesure dépasse nettement le niveau de référence, ou si elle reste élevée après quelques mois de bonnes habitudes, des travaux plus poussés s'imposent. Les solutions courantes consistent à mettre le soubassement en légère dépression grâce à un petit ventilateur qui aspire l'air sous la dalle ou dans le vide sanitaire, à renforcer l'étanchéité du plancher bas, ou à revoir entièrement la ventilation de la maison.

Ces chantiers relèvent d'un professionnel du bâtiment habitué à cette question. Il commence par un diagnostic pour repérer les voies d'entrée, puis propose une solution adaptée à la construction. Après les travaux, on refait une mesure avec un nouveau dosimètre, toujours deux mois en période de chauffage, pour vérifier que le chiffre a bien baissé.

Pour les locataires, la démarche commence par la mesure, puis par un courrier au propriétaire avec le résultat du laboratoire en pièce jointe : les travaux sur la dalle ou la ventilation sont de son ressort, pas du vôtre.