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COV et formaldéhyde, ce que dégagent meubles neufs et peintures
L'odeur de neuf d'une chambre repeinte ou d'un meuble tout juste monté a un nom un peu barbare : composés organiques volatils. Voici d'où ils viennent dans un logement, comment les repérer sur les étiquettes et les gestes simples pour qu'ils ne s'attardent pas.
· 6 min de lecture

Une odeur de neuf. Celle d'une chambre qu'on vient de repeindre, d'une bibliothèque en kit sortie de son carton, d'un canapé livré le matin même. On l'associe volontiers à quelque chose d'agréable, de propre. En réalité, cette odeur est faite en bonne partie de composés organiques volatils, qu'on abrège en COV, qui s'échappent des matériaux et flottent dans l'air de la pièce.
Pas de quoi paniquer ni décider de vivre au milieu de meubles anciens. Mais comprendre d'où viennent ces composés aide à faire des choix plus malins et à adopter quelques réflexes simples.
Les COV, de quoi parle-t-on
Le nom fait un peu laboratoire, et pourtant l'idée est simple. « Organique » signifie qu'il s'agit de molécules à base de carbone. « Volatil » veut dire qu'elles passent facilement dans l'air à température ambiante, comme un parfum qui s'évapore de la peau. Les COV forment une grande famille de plusieurs centaines de substances, aux odeurs parfois marquées, parfois imperceptibles.
Dans un logement, on les retrouve en quantités variables selon l'âge des matériaux, la saison, les activités du jour. Une pièce fraîchement rénovée et fermée en contient beaucoup plus qu'un séjour aux meubles anciens qu'on aère chaque matin.
D'où viennent-ils dans la maison
Les sources sont nombreuses, et la plupart sont des objets du quotidien.
- Les peintures et les vernis, surtout pendant le séchage et les semaines qui suivent.
- Les colles, celles des revêtements de sol, des papiers peints, des moquettes, des plinthes.
- Les panneaux de particules et les agglomérés, qui composent une grande partie des meubles en kit, des plans de travail et des placards. Leurs fibres ou copeaux de bois sont liés par des résines.
- Les meubles neufs en général, y compris les canapés, les matelas et leurs mousses.
- Les produits ménagers, en particulier les sprays et les produits très parfumés. Nous en parlons dans notre article pour nettoyer sans en faire trop.
- Les parfums d'ambiance : diffuseurs, sprays désodorisants, bâtonnets parfumés, bougies parfumées.
- Le bricolage : solvants, diluants, colles fortes, lasures et produits pour le bois.
Certaines sources émettent fort pendant peu de temps, comme une peinture qui sèche. D'autres émettent faiblement mais longtemps, comme un meuble en aggloméré qui libère des composés pendant des mois.
Le formaldéhyde, le plus connu de la famille
Parmi tous les COV, un nom revient souvent : le formaldéhyde. C'est un gaz incolore à l'odeur piquante quand il est concentré, utilisé depuis longtemps dans la fabrication des résines qui collent les panneaux de bois. On le retrouve donc logiquement dans les meubles en aggloméré, certains parquets stratifiés, certains isolants, mais aussi dans des colles, des vernis ou des textiles neufs.
C'est l'un des composés les plus présents dans l'air des logements, et l'un des plus étudiés. Sa particularité : il s'échappe lentement des matériaux, sur une longue période, et davantage quand il fait chaud. Ce n'est pas l'odeur qui permet de le repérer, car aux concentrations habituelles d'une maison on ne le sent généralement pas.
Lire l'étiquette d'émissions
En France, les produits de construction et de décoration portent obligatoirement une étiquette qui indique leur niveau d'émissions dans l'air intérieur. On la reconnaît facilement : un petit logo avec une échelle de lettres, de A+ à C, sur un dégradé de couleurs.
- A+ : très faibles émissions, la meilleure classe ;
- A : faibles émissions ;
- B : émissions moyennes ;
- C : fortes émissions.
Cette étiquette concerne les peintures, les vernis, les colles, les revêtements de sol et de mur, les plafonds, les isolants, les portes et les fenêtres. Elle se trouve sur le pot, l'emballage ou la fiche du produit en magasin. Quand on hésite entre deux peintures de même rendu, la classe A+ ne coûte souvent que quelques euros de plus.
Les meubles, eux, ne sont pas concernés par cette étiquette obligatoire. Pour un buffet ou une armoire, on se fie aux informations du fabricant, au matériau (le bois massif émet en général moins qu'un panneau collé) et surtout au temps d'aération.
Meubles neufs et travaux : laisser le temps faire son œuvre
Les émissions sont plus fortes dans les premiers jours et les premières semaines, puis elles diminuent progressivement. D'où une stratégie très simple : laisser les objets « dégazer » avant de les installer dans les pièces où l'on passe le plus de temps.
Le meuble en kit
Dès la livraison, on le sort de son carton et de ses films plastiques. Si possible, on le laisse quelques jours dans une pièce peu occupée, un garage, un cellier ou un balcon couvert. En appartement, on monte le meuble, on ouvre tiroirs et portes pour que l'air circule à l'intérieur, et l'on aère la pièce plus souvent qu'à l'habitude pendant quelques semaines.
Les travaux de peinture
Un samedi de rénovation, rouleau en main, on a tendance à fermer pour garder la chaleur. Mauvais réflexe : on laisse les fenêtres ouvertes pendant qu'on peint et pendant le séchage, puis l'on continue d'aérer largement les jours suivants. L'idéal est de repeindre une chambre quelques semaines avant d'y dormir, plutôt que la veille de l'arrivée d'un nouvel occupant. Pour les durées et les bons moments, voir notre article pour savoir quand et combien de temps aérer.
Chaleur et humidité, les accélérateurs
Les COV s'évaporent plus vite quand il fait chaud. Un meuble au soleil derrière une baie vitrée, une pièce surchauffée en plein hiver, un été caniculaire : autant de situations où les matériaux libèrent davantage de composés. L'humidité joue dans le même sens, notamment pour le formaldéhyde.
En pratique, c'est un argument de plus pour garder une température raisonnable, autour de 19 °C dans les pièces de vie, et une humidité confortable, entre 40 et 60 % environ. Notre article sur l'équilibre de l'humidité à la maison donne des pistes pour y arriver sans appareil compliqué.
C'est aussi pour cela qu'une chambre d'amis fermée tout l'été, qu'on rouvre en septembre, sent souvent fort le renfermé : les composés se sont accumulés à la chaleur, sans aucun renouvellement.
Petites habitudes pour un air plus léger
Pas besoin de tout changer. Quelques réflexes réduisent nettement la quantité de COV dans l'air :
- Aérer 5 à 10 minutes matin et soir, et davantage après des travaux ou l'arrivée d'un meuble neuf.
- Choisir des produits classés A+ pour la peinture, les colles et les revêtements, en regardant l'étiquette avant de passer en caisse.
- Déballer les meubles neufs dès leur arrivée et sortir vite les films plastiques et les cartons.
- Limiter les parfums d'ambiance et les sprays désodorisants : une fenêtre ouverte fait mieux le travail.
- Préférer des produits ménagers simples et peu parfumés, utilisés à la bonne dose.
- Ranger les pots de peinture, solvants et colles hors des pièces de vie, bien fermés, idéalement dans une cave ou un local à part.
- Ne pas surchauffer les pièces, surtout celles qui accueillent beaucoup de mobilier neuf.
Un appartement neuf ou fraîchement refait n'a rien d'un lieu à fuir. Il demande simplement, les premiers mois, des fenêtres ouvertes un peu plus souvent que d'habitude et un regard sur l'étiquette au moment des achats.


