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Monoxyde de carbone : le gaz qu'on ne voit pas et qu'on ne sent pas

Il n'a ni couleur ni odeur, et il revient chaque automne avec la remise en route des chaudières et des poêles. Comprendre d'où vient le monoxyde de carbone, c'est déjà savoir comment l'éviter et comment réagir si l'alarme sonne.

· 6 min de lecture

Poêle à bois en fonte installé sur un socle dans un salon au parquet clair

Il n'a pas de couleur, pas d'odeur, il ne pique pas les yeux. On peut passer une soirée entière dans une pièce où il s'accumule sans rien remarquer d'anormal. Le monoxyde de carbone, qu'on écrit CO, est le gaz domestique dont on parle surtout à l'automne, quand les chaudières redémarrent et que les poêles reprennent du service. Et pour cause : chaque hiver, il est à l'origine d'intoxications dans des logements, souvent évitables avec quelques habitudes d'entretien.

Comprendre d'où il vient, c'est déjà savoir comment l'éviter.

Un gaz né d'une combustion qui manque d'air

Quand on brûle du gaz, du fioul, du bois, du charbon, du pétrole ou des granulés, la flamme a besoin d'oxygène. Si elle en reçoit assez, la combustion est complète et produit surtout du dioxyde de carbone et de la vapeur d'eau. Si l'air manque, ou si l'appareil est encrassé ou mal réglé, la combustion devient incomplète et produit du monoxyde de carbone.

Rien à voir, donc, avec le CO2 que nous expirons et dont nous parlons dans notre article sur le CO2 et l'air confiné. Les deux gaz ont un nom proche, mais pas du tout la même origine. Le CO se mélange à l'air de la pièce sans se signaler, et un capteur de CO2 ne le détecte pas.

Les appareils concernés

Tous les appareils qui brûlent un combustible peuvent en produire s'ils fonctionnent mal :

  • les chaudières au gaz, au fioul ou au bois ;
  • les chauffe-eau et chauffe-bains au gaz, en particulier les anciens modèles installés dans une salle de bains ou une cuisine ;
  • les poêles à bois, à granulés ou à charbon ;
  • les cheminées et les inserts ;
  • les cuisinières et fours à gaz, dans une moindre mesure ;
  • les chauffages d'appoint à combustion, au pétrole ou au gaz, prévus pour un usage ponctuel et jamais pour tourner en continu dans une pièce fermée.

Deux appareils ne doivent tout simplement jamais fonctionner à l'intérieur : les groupes électrogènes et les braseros ou barbecues. Ni dans le salon, ni dans un garage attenant, ni dans une véranda fermée, même « juste le temps de ». Une panne de courant en plein hiver ou une soirée fraîche sur la terrasse couverte font partie des situations classiques où l'on est tenté. La réponse reste non.

L'entretien annuel et le ramonage

La meilleure prévention se joue avant l'hiver, avec un professionnel.

L'entretien de la chaudière

L'entretien annuel des chaudières est obligatoire. Le technicien nettoie l'appareil, vérifie les réglages, contrôle l'évacuation des fumées et mesure les rejets, puis remet une attestation à conserver. En location, cet entretien revient en général au locataire, sauf s'il est déjà prévu par un contrat collectif de l'immeuble : le bail et le propriétaire le précisent. Mieux vaut le programmer en septembre ou en octobre que de courir après un rendez-vous en plein mois de janvier.

Le ramonage

Les conduits de fumée des cheminées, poêles, inserts et chaudières doivent être ramonés régulièrement par un professionnel, souvent une à deux fois par an selon le combustible et les règles locales. Un conduit encrassé, ou obstrué par un nid d'oiseau, tire mal : les fumées refluent dans la pièce au lieu de partir par le toit. Le ramoneur remet lui aussi un certificat, utile pour l'assurance.

Chauffe-eau et poêles suivent la même logique. Un appareil qui n'a pas été contrôlé depuis plusieurs années mérite un rendez-vous avant d'être rallumé.

Les aérations : ne jamais les boucher

Une pièce qui abrite un appareil à combustion doit être ventilée. C'est le rôle des grilles et des bouches d'aération, en haut et en bas des murs ou sur les fenêtres : elles apportent l'air dont la flamme a besoin et laissent sortir l'air vicié.

Les boucher pour gagner un degré ou couper un filet d'air froid est l'erreur la plus dangereuse de cet article. Même chose pour le meuble poussé devant une grille, le rideau tiré par-dessus, le linge qui sèche sur une bouche. Pour comprendre le fonctionnement de ces aérations permanentes, notre article sur la ventilation et la VMC (la ventilation mécanique contrôlée, ce petit moteur qui aspire l'air des pièces humides) détaille le rôle de chaque bouche. Et ouvrir les fenêtres chaque jour reste utile, comme le rappellent nos repères pour aérer au quotidien.

Le détecteur de CO, un petit boîtier qui veille

Un détecteur de monoxyde de carbone est conseillé dans tout logement équipé d'un appareil à combustion. Il ressemble à un détecteur de fumée, mais il mesure un gaz invisible et déclenche une alarme sonore quand la concentration devient préoccupante.

Quelques repères pour bien l'utiliser :

  • le placer près des appareils à combustion, dans la pièce où se trouve la chaudière ou le poêle, en suivant la notice pour la hauteur et la distance ;
  • en ajouter un près des chambres, dans le couloir qui les dessert par exemple, si le logement compte plusieurs appareils ;
  • le tester régulièrement avec le bouton prévu, et remplacer les piles ou l'appareil selon la durée indiquée ;
  • choisir un modèle conforme aux normes européennes, mention qui figure sur l'emballage.

Il ne remplace ni le détecteur de fumée, ni l'entretien des appareils. C'est un filet de sécurité, pas une autorisation de négliger le reste.

Reconnaître les signes et savoir réagir

Le monoxyde de carbone ne se voit pas, mais il se manifeste. Les premiers symptômes d'une intoxication sont souvent mis sur le compte de la fatigue : maux de tête, nausées, vertiges, somnolence. Un indice doit alerter tout particulièrement : plusieurs personnes touchées en même temps dans le même logement, ou des signes qui s'estompent quand on sort et reviennent quand on rentre. Les appareils eux-mêmes donnent parfois l'alerte : flamme jaune ou orange au lieu de bleue, traces noires autour de l'appareil, odeur de brûlé, buée inhabituelle sur les vitres.

La conduite à tenir

Si l'alarme sonne ou si l'on soupçonne la présence de CO :

  1. Aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres.
  2. Arrêter les appareils à combustion si c'est possible sans s'attarder.
  3. Sortir du logement avec tous les occupants, animaux compris.
  4. Appeler les secours depuis l'extérieur : le 15, le 18 ou le 112.
  5. Ne pas réintégrer le logement sans l'avis des secours ou d'un professionnel, et faire vérifier l'installation avant toute remise en marche.

Saison de chauffe et grands froids : la check-list de l'automne

Les périodes les plus sensibles sont la remise en route du chauffage, à l'automne, et les épisodes de grand froid, quand les appareils tournent plus longtemps et qu'on a tendance à tout calfeutrer.

  • Prendre rendez-vous pour l'entretien de la chaudière et le ramonage dès septembre.
  • Vérifier que les grilles d'aération sont dégagées et propres.
  • Tester le détecteur de CO, ou en installer un.
  • Observer la flamme des appareils au gaz lors du premier allumage.
  • Ne jamais chauffer la pièce avec le four ouvert ou la gazinière.
  • Réserver les chauffages d'appoint à combustion à de courtes durées, pièce aérée.
  • Pendant une coupure de courant, laisser le groupe électrogène dehors, loin des fenêtres et des portes.

Un appareil qui fait un bruit inhabituel, qui s'éteint seul ou dont la flamme change de couleur ne se bricole pas : on le coupe, on aère, et l'on fait venir un chauffagiste avant de le rallumer.