Accueil › Comprendre l'air intérieur

Comprendre

Capteur de CO2, savoir quand l'air d'une pièce a besoin de sortir

Nous le respirons, nous l'expirons, et il s'accumule dès qu'une pièce reste fermée. Le dioxyde de carbone est le meilleur témoin du renouvellement de l'air chez soi, à condition de savoir le mesurer et de comprendre ce que racontent les chiffres.

· 6 min de lecture

Petit capteur de qualité de l'air à écran posé sur une étagère à côté d'une plante verte

Une réunion qui s'éternise dans un petit bureau, porte fermée, quatre personnes autour d'une table. Au bout d'une heure, la tête paraît lourde, on relit trois fois la même ligne et quelqu'un finit par lancer « on ouvre un peu ? ». Ce moment a une explication très terre à terre : l'air de la pièce n'a pas été renouvelé, et le gaz qui le montre le mieux, c'est le dioxyde de carbone, qu'on écrit CO2.

Ce gaz n'a rien d'exotique. Il fait partie de l'air que nous respirons, et nous en rejetons un peu plus à chaque expiration. C'est justement ce qui en fait un si bon témoin de l'air intérieur.

Le CO2, un témoin plutôt qu'un coupable

Dehors, l'air contient du CO2 en petite quantité, autour de 400 ppm. Ces trois lettres veulent dire « parties par million » : sur un million de molécules d'air, environ 400 sont du dioxyde de carbone. Dans une pièce fermée et occupée, chaque personne en ajoute en respirant. Si l'air ne se renouvelle pas, la concentration monte, doucement mais sûrement. On dit que la pièce « se charge ».

Ce qui compte ici, c'est moins le CO2 lui-même que ce qu'il raconte. Une valeur qui grimpe signifie que l'air expiré s'accumule au lieu de partir dehors. Et avec lui, tout ce qu'on produit en vivant dans une pièce : la vapeur d'eau, les odeurs, les petites particules soulevées en bougeant. Le CO2 sert donc d'indicateur : il dit si la pièce respire ou non.

C'est pour cela qu'on parle de « confinement » : un air confiné est un air qui tourne en rond entre quatre murs.

Ce qu'est un capteur de CO2

Un capteur de CO2 est un petit boîtier, souvent pas plus gros qu'un réveil, qui affiche en continu la concentration de CO2 de la pièce. Certains ont un écran, d'autres un simple voyant qui passe du vert à l'orange puis au rouge. Les modèles connectés gardent un historique sur le téléphone, très pratique pour comprendre ce qui se passe la nuit ou pendant les heures d'absence.

Deux familles de capteurs

Tous les boîtiers vendus comme « capteurs de CO2 » ne mesurent pas vraiment le CO2.

  • Les capteurs à infrarouge non dispersif, souvent signalés par les lettres NDIR sur l'emballage. Ils envoient un faisceau infrarouge dans une petite chambre et mesurent la part de lumière absorbée par le CO2. C'est une vraie mesure du gaz, et c'est la technologie qu'on conseille généralement.
  • Les capteurs dits « eCO2 », pour CO2 équivalent. Ils mesurent en réalité d'autres gaz (des composés organiques volatils, que nous présentons dans notre article sur les COV et le formaldéhyde) et en déduisent une estimation du CO2 par calcul. Le chiffre affiché peut s'écarter franchement de la réalité, par exemple s'envoler après un coup de spray ménager alors que personne n'est dans la pièce.

Pour suivre le renouvellement de l'air, mieux vaut donc un capteur infrarouge, quitte à payer un peu plus cher.

L'étalonnage

Avec le temps, un capteur dérive légèrement. Beaucoup de modèles se recalent seuls en prenant comme référence la valeur la plus basse mesurée sur plusieurs jours, en supposant qu'elle correspond à l'air extérieur. D'autres proposent un étalonnage manuel : on pose l'appareil près d'une fenêtre grande ouverte, ou dehors à l'abri, une dizaine de minutes, puis on appuie sur le bouton prévu. La notice indique la marche à suivre ; pour une fois, elle vaut la peine d'être lue.

Où le poser

L'emplacement change beaucoup la lecture.

  • À hauteur de tête, à peu près là où l'on respire en étant assis : sur une étagère, un bureau, une commode.
  • Loin des fenêtres et des bouches d'aération, qui donneraient une valeur trop flatteuse.
  • À distance des personnes, au moins un bon mètre : un capteur posé juste à côté du clavier mesure surtout votre souffle.
  • À l'écart des sources de chaleur, radiateur ou plein soleil, qui perturbent certains modèles.

Lire les chiffres sans s'affoler

Le capteur affiche un nombre en ppm. Voici des repères prudents, ceux qu'on retrouve le plus souvent :

  • autour de 400 à 600 ppm : un air proche de celui de dehors, pièce bien renouvelée ;
  • entre 800 et 1 000 ppm : on considère souvent qu'à partir de là, la pièce est mal renouvelée, c'est le moment d'ouvrir ;
  • au-delà, l'air est clairement confiné, et l'on a tout intérêt à aérer sans attendre.

Ces chiffres ne sont pas des couperets. Ils servent à repérer une tendance et à prendre de bonnes habitudes.

Les courbes qui parlent

C'est l'historique qui en apprend le plus. Dans une chambre où deux personnes dorment porte et fenêtre fermées, la courbe monte souvent toute la nuit, régulièrement, pour atteindre son maximum au réveil. Dans un bureau à la maison, elle grimpe au fil de l'après-midi, surtout si l'on enchaîne les appels en visio. Dans un salon, elle fait un bond pendant un dîner à six.

Et puis il y a ce moment satisfaisant : on ouvre en grand, et la courbe plonge en quelques minutes. C'est la meilleure démonstration possible de l'efficacité d'une aération franche, et souvent ce qui convainc les plus sceptiques de la maison. Notre article pour bien aérer son logement détaille les durées et les moments les plus utiles.

Ce que le CO2 ne dit pas

Un capteur de CO2 mesure le CO2, et seulement lui. Une pièce à 500 ppm peut très bien sentir la peinture fraîche, garder une odeur de friture ou l'humidité d'une douche. Le capteur ne verra rien de tout cela.

Il ne détecte pas non plus le monoxyde de carbone, un gaz complètement différent malgré un nom proche, qui vient des appareils à combustion et réclame un détecteur spécifique. Nous lui consacrons un article entier : le monoxyde de carbone, ce gaz qu'on ne voit pas. Les deux appareils n'ont rien d'interchangeable.

Autrement dit, un chiffre bas est une bonne nouvelle pour le renouvellement de l'air, pas un certificat de pureté. Le capteur est un outil pour savoir quand ouvrir, rien de plus, et c'est déjà beaucoup.

Ce qu'on peut faire dès ce soir

Pas besoin d'équipement pour profiter de ce que le CO2 nous apprend. Quelques gestes suffisent :

  1. Ouvrir en grand 5 à 10 minutes matin et soir, plutôt que laisser une fenêtre entrebâillée toute la journée.
  2. Aérer après chaque moment à plusieurs : un repas entre amis, une partie de jeu de société, une réunion à la maison.
  3. Laisser la porte de la chambre entrouverte la nuit quand c'est possible, pour que son air se mélange à celui du reste du logement.
  4. Ne jamais boucher les entrées d'air en haut des fenêtres ni les bouches de la cuisine et de la salle de bains, qui assurent un renouvellement en continu.
  5. Prévoir une pause fenêtre au milieu de l'après-midi quand on travaille chez soi, en même temps que le café.
  6. Si l'on a un capteur, le promener quelques jours dans chaque pièce : on découvre vite laquelle se charge le plus.

Un capteur reste une aide, pas une obligation. Beaucoup de gens s'en servent quelques semaines, apprennent le rythme de leur logement, puis finissent par ouvrir au bon moment sans même regarder l'écran.