Désinfecter moins, nettoyer mieux : le ménage sans excès de produits
Les rayons ménagers nous promettent une maison « sans aucun germe », à coups de sprays et de lingettes. Pourtant, une cuisine n'est pas un bloc opératoire. Nettoyer bien, c'est d'abord enlever la saleté, et c'est souvent plus simple qu'on ne le croit.
· 5 min de lecture

Ouvrez le placard sous l'évier. Il y a de bonnes chances d'y trouver une bouteille d'eau de Javel, un spray « multi-surfaces désinfectant », un autre pour la salle de bains, un paquet de lingettes et peut-être un produit spécial sol qui sent la pinède. Beaucoup de flacons, pour une maison où personne n'opère personne.
Nous ne sommes pas contre les produits ménagers. Mais à force de vouloir tout désinfecter, on finit par en utiliser trop, trop souvent, et l'air de la maison en garde la trace.
Nettoyer et désinfecter, ce n'est pas la même chose
C'est la distinction qui change tout.
Nettoyer, c'est enlever ce qui se voit et ce qui colle : la poussière, les traces de doigts, la graisse, les miettes, le calcaire. On le fait avec de l'eau, un peu de savon ou de détergent, et surtout du frottement.
Désinfecter, c'est chercher à éliminer les micro-organismes sur une surface déjà propre. Les produits désinfectants agissent mal sur une surface sale : la saleté les gêne. Autrement dit, un coup de spray sur un plan de travail graisseux ne remplace pas un coup d'éponge.
Dans la vie quotidienne, l'immense majorité du ménage relève du nettoyage. Une table de cuisine propre, un lavabo rincé, un sol lavé : c'est ce qu'on attend d'une maison agréable à vivre. Pas une stérilité de laboratoire.
Les produits laissent des traces… dans l'air
Quand on vaporise un spray, une partie du produit ne se dépose jamais sur la surface : elle reste en suspension sous forme de fines gouttelettes, puis s'évapore dans la pièce. Les parfums ajoutés, les solvants, les composés chlorés diffusent des odeurs parfois tenaces. Cette « odeur de propre » qu'on associe au ménage, c'est en réalité l'odeur du produit, pas celle de la propreté.
Une maison vraiment propre, après aération, ne sent rien de particulier. C'est d'ailleurs un bon repère.
Le même raisonnement vaut pour les parfums d'ambiance, les diffuseurs et les sprays désodorisants qu'on ajoute « pour finir ». Nous y avons consacré un article à part, sur les bougies, l'encens et les parfums d'intérieur.
Ne jamais mélanger les produits
C'est la règle à graver au-dessus de l'évier. Mélanger de l'eau de Javel avec un détartrant, un produit acide ou un autre nettoyant peut dégager des vapeurs qu'on n'a vraiment pas envie de respirer. Même chose quand on enchaîne deux produits sur la même surface sans rincer entre les deux, par exemple dans les toilettes.
Quelques réflexes simples :
- un produit à la fois, et on rince avant d'en utiliser un autre ;
- jamais de transvasement dans une bouteille d'eau ou un flacon non étiqueté ;
- pas de Javel à l'eau chaude, qui la fait se dégrader et dégager davantage d'odeur ;
- les flacons hors de portée des enfants, bouchons bien fermés.
Doser, rincer, aérer
Sur l'étiquette, il y a une dose. Elle n'est pas là pour faire joli. Beaucoup d'entre nous versent « un bon coup » de produit dans le seau, persuadés que plus égale mieux. En réalité, un surdosage laisse un film collant sur le sol, qui attire la poussière et oblige à relaver plus souvent. Et il parfume la pièce pendant des heures.
La bonne méthode tient en trois temps.
- Doser selon les indications, voire un peu moins pour l'entretien courant.
- Rincer les surfaces qui le demandent, notamment celles qui touchent les aliments, et les sols où l'on marche pieds nus.
- Aérer pendant et après, fenêtres grandes ouvertes, dix minutes au minimum. Faire le ménage fenêtres fermées un samedi de février, c'est s'enfermer avec toutes les vapeurs. Nos repères pour ouvrir les fenêtres au bon moment s'appliquent parfaitement ici.
Gants de ménage pour les produits forts, et on évite de vaporiser à hauteur de visage : on pulvérise sur le chiffon plutôt que dans l'air.
Microfibre, eau chaude et huile de coude
C'est le trio le moins glamour du rayon, et pourtant le plus efficace.
Le chiffon microfibre
Ses fibres très fines accrochent la poussière et la graisse bien mieux qu'une éponge classique. Légèrement humide, il nettoie la plupart des surfaces avec de l'eau seule : vitres, plans de travail, façades de meubles, robinetterie. On en garde plusieurs, de couleurs différentes pour ne pas passer de la cuvette au plan de travail, et on les lave en machine sans adoucissant, qui encrasse les fibres.
L'eau chaude
Elle dissout la graisse et décolle les salissures bien plus vite que l'eau froide. Une bassine d'eau chaude avec une goutte de liquide vaisselle suffit pour une grande partie du ménage de la cuisine.
Le frottement
C'est lui qui fait l'essentiel du travail. Un passage appuyé avec un chiffon propre retire plus de saleté qu'un spray laissé à agir puis essuyé du bout des doigts.
Quant aux fameuses recettes maison à base de vinaigre blanc, de bicarbonate ou de savon noir, elles ont leurs adeptes ; ce n'est pas le sujet ici, l'essentiel est de ne pas les mélanger entre elles ni avec d'autres produits.
Et les lingettes, alors ?
Pratiques, les lingettes jetables ? Oui, sur le moment. Mais une lingette contient peu de produit, se dessèche vite et ne permet pas de frotter vraiment. On finit par étaler la saleté plus qu'on ne l'enlève, avant de jeter un déchet qui ne se recycle pas et bouche les canalisations si on le met dans les toilettes. Un chiffon humide fait mieux, pour moins cher.
Désinfecter, oui, mais au bon moment
Désinfecter moins ne veut pas dire ne jamais désinfecter. Il y a des situations où c'est utile, ponctuellement :
- après avoir découpé de la viande ou du poisson crus, pour la planche et le plan de travail, après un bon nettoyage à l'eau chaude savonneuse ;
- quand un membre de la famille est cloué au lit, pour les surfaces souvent touchées comme les poignées, la chasse d'eau ou les interrupteurs, le temps de l'épisode ;
- après un dégât des eaux ou une remontée d'égout.
Le reste du temps, un nettoyage régulier et une maison bien aérée font l'essentiel. Si vous venez de repeindre une pièce ou de monter un meuble neuf, ajoutez-y quelques jours d'aération renforcée : c'est le sujet de notre article sur l'odeur des meubles neufs et de la peinture fraîche.
Et si l'odeur d'un produit envahit tout l'appartement dès l'ouverture du flacon, rebouchez-le, ouvrez grand et relisez l'étiquette : c'est souvent le signe qu'on l'utilise trop concentré ou dans une pièce trop fermée.


