Bulletin RSEIN hors-série : « Sites et sols pollués et air intérieur »

Dans ce bulletin hors-série, RSEIN revient les projets Fluxobat, TEMPAIR, EFEMAIR, AGIR QAI, CAPQAI, EVALSDS et BATICOV. Ces sept projets ont aidé à développer les connaissances et méthodologies relatives à l’évaluation, à la mesure, à la prévention et au traitement des transferts de polluants volatils présents dans les sols pollués vers l’air intérieur des bâtiments. RSEIN détaille dans son bulletin leur contexte, leurs grands axes, leurs objectifs, leurs résultats ainsi que leurs livrables.

Pour en savoir plus, consultez le bulletin du réseau RSEIN sur https://rsein.ineris.fr/images/bulletin_RSEIN_HorsSerie_SSP-Air_int%C3%A9rieur_ID_2194410.pdf

Sprays et diffuseurs d’huiles essentielles : méfiance !

Suite à son rapport d’expertise paru en mars, l’Anses rappelle les conséquences sur la qualité de l’air intérieur et la santé de l’utilisation de sprays et de diffuseurs d’huiles essentielles. Ceux-ci, souvent promus comme « épurateurs » ou « assainisseurs » de l’air intérieur, peuvent favoriser une irritation des yeux, des voies aériennes supérieures ainsi que de la toux ou des difficultés respiratoires.

En effet, ces produits émettent des composés organiques volatils (COV). Ces polluants viennent s’ajouter à ceux déjà présents dans l’air intérieur et issus d’autres sources, comme les produits ménagers ou l’ameublement. De plus, pour l’heure, les connaissances sont insuffisantes pour estimer précisément les COV issus des sprays et diffuseurs. Des précautions particulières sont ainsi requises pour les personnes sensibles, comme les enfants ou les personnes atteintes de maladies respiratoires.

Dans son article, l’Anses formule plusieurs recommandations simples à destination des particuliers comme des professionnels :
-conserver les produits à risques (dont les sprays et diffuseurs) hors de portée des enfants
-limiter les sources de pollution de l’air intérieur. Ceci permet de limiter les accumulations de polluants, comme les COV, dans l’air intérieur.
-bien aérer afin de renouveler suffisamment l’air
-pour les professionnels, signaler rigoureusement les cas de symptômes respiratoires suite à l’utilisation de sprays ou de diffuseurs d’huiles essentielles. L’étude de toxicovigilance menée par l’Anses a d’ailleurs révélé de nombreux cas d’intoxications en lien avec une exposition accidentelle à ces produits, le plus souvent chez les jeunes enfants.
-poursuivre les recherches sur les conséquences de ces dispositifs sur l’air intérieur et la santé

L’Anses rappelle également que les huiles essentielles ne constituent en aucun cas un moyen de lutte efficace contre le coronavirus. Leur sur-utilisation dans le contexte actuel est donc non seulement inutile, mais aussi potentiellement dangereuse.

Retrouvez l’article de l’Anses sur https://www.anses.fr/fr/content/sprays-et-diffuseurs-%C3%A0-base-d%E2%80%99huiles-essentielles-l%E2%80%99anses-appelle-%C3%A0-la-vigilance-00

Désodorisants non-combustibles et qualité de l’air intérieur

Cette étude s’inscrit dans le cadre du Plan d’Actions sur la Qualité de l’Air Intérieur (PQAI). Le PQAI encadre les actions des pouvoirs publics visant à diminuer l’exposition aux polluants de l’air intérieur. Ici, l’Ineris s’intéresse en particulier aux désodorisants non combustibles. Ces produits se divisent sont en trois grandes catégories : les sprays aérosols, les diffuseurs passifs (sans source d’énergie) et les diffuseurs actifs (avec source d’énergie). Par cette étude, l’Ineris avait pour objectif d’identifier les polluants émis par chacun de ces types de désodorisants non combustibles. Dans un second temps, l’Ineris souhaitait évaluer dans quelle mesure ces émissions présentaient un risque sanitaire.

Méthodologie

Pour réaliser son étude, l’Ineris a exploité deux sources d’informations :
-un sondage national sur les usages des désodorisants non combustibles, datant de 2017 et réalisé par l’institut de sondage Ifop
-des mesures des émissions de ces produits, réalisées en 2017 également par le Centre Scientifique et Technique du bâtiment (CSTB) en chambre d’essai. Ces mesures se sont concentrées sur les émissions de composés organiques volatils (COV) des désodorisants, et ont englobé des produits très variés (vaporisateurs, brûle-parfum, diffuseurs automatiques…)

A partir des résultats du sondage, l’Ineris a déterminé deux scénarios d’exposition génériques :
-le premier met en scène un utilisateur aux pratiques et caractéristiques environnementales « dans la moyenne ». L’utilisateur recourt alors couramment à des sprays aérosols et des diffuseurs actifs, soit plusieurs fois par semaine dans la plupart des pièces. Il utilise également en continu des diffuseurs actifs à raison de 10 mois/an.
-le second scénario correspond à un utilisateur ayant une utilisation plus intensive des désodorisants. Ce scénario correspond à un usage quotidien de sprays aérosols, au moins une fois par pièce, ainsi qu’utilisation continue de diffuseurs actifs et passifs à raison de 11 mois/an.

A partir de ces scénarios et des données du CSTB, l’Ineris a évalué les expositions chroniques et de courte durée aux polluants.

Des émissions polluantes a priori non préoccupantes

L’Ineris a conclu qu’avec le premier scénario, l’individu était exposé à des concentrations de polluants inférieures aux valeurs repères considérées (concentrations limite d’intérêt et valeurs guides de qualité de l’air intérieur). Ce constat est valable aussi bien pour les expositions chroniques que pour les expositions cumulées, c’est-à-dire à plusieurs substances simultanément. Mais l’Ineris a également conclu que le scénario 2 n’induisait pas non plus de dépassement des valeurs repères.

En somme, selon cette étude, les désodorisants non-combustibles ne semblent pas entraîner d’exposition chronique préoccupante aux polluants, que ce soit avec un usage dans la moyenne ou intensif. De la même manière, en ce qui concerne les expositions de courte durée, il n’y a eu de dépassement des valeurs repères que pour le brûle-parfum. Cependant, ce dernier constat incite à étudier plus en détails ce type de produit et ses impacts sur l’air intérieur.

Des effets sanitaires encore incertains

L’Ineris s’est aussi intéressé aux impacts sanitaires des polluants émis par les désodorisants non combustibles. Ces produits sont source de limonène, de formaldéhyde, mais aussi de benzène, de benzaldéhyde et de β-pinène, des polluants préoccupants. Les deux premiers sont notamment associés à des irritations respiratoires et oculaires. De plus, le formaldéhyde et le benzène sont des substances reconnues comme cancérigènes.

L’Ineris attire l’attention sur le fait que les désodorisants non-combustibles peuvent émettre d’autres polluants associés à des risques sanitaires. Il peut s’agir de phtalates ou encore de nanoparticules. La vigilance est donc de mise étant donné le manque de connaissances actuel à propos de leurs effets. D’autre part, l’Ineris précise que les données disponibles sur la pollution de l’air par les désodorisants non-combustibles sont très peu nombreuses. En conséquence, la présente étude ne suffit pas pour conclure sur leurs impacts sur la QAI.

Pour finir, l’Ineris attire aussi l’attention sur les effets cocktails possibles des COV observés. Les recherches sur ce sujet sont encore en cours, et l’on ne dispose donc pour l’heure que de connaissances insuffisantes. Or, ces effets cocktails pourraient induire un risque sanitaire. Et ce même si les concentrations de polluants émis restent inférieures aux valeurs repères. En conclusion, cette étude de l’Ineris apporte des informations sur les risques sanitaires liés à l’usage de désodorisants non-combustibles. Cependant, des données supplémentaires doivent confirmer ces constats.

Retrouvez le rapport de l’Ineris sur https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Rapport-Ineris-20-200840-1997302-v1-MTES-BSE_DNC_complet.pdf