Mesure des concentrations de formaldéhyde dans une école basse consommation

Bâtiments basse consommation & qualité de l’air intérieur

Les bâtiments représentent aujourd’hui 40% de la consommation énergétique annuelle mondiale. Afin de réduire ces dépenses énergétiques, les bâtiments basse consommation se multiplient. Caractérisés notamment par une isolation de très bonne qualité, avec ces bâtiments se pose la problématique de la qualité de l’air intérieur. En effet, l’étanchéité allant de pair avec cette isolation peut empêcher un renouvellement d’air suffisant. En conséquence, les polluants peuvent s’accumuler.

Focus sur le formaldéhyde

Parmi les polluants fréquemment présents dans l’air intérieur se trouvent les aldéhydes, aux effets sanitaires déjà largement étudiés. Le formaldéhyde est l’un d’entre eux. Pouvant être issu de nombreuses sources, sa nocivité pour la santé est aujourd’hui bien connue. Pour ces deux raisons, la présente étude s’est focalisée sur ce polluant.

L’objectif était d’estimer son accumulation au sein d’un bâtiment basse consommation, en l’occurrence une école, afin d’évaluer les risques sanitaires liés. L’école en question est une école basse consommation récemment construite et disposant d’un système de ventilation mécanique double flux programmable.

Méthodologie & constats

Les chercheurs ont mesuré dans un premier temps les concentrations d’aldéhyde présentes dans l’air intérieur. Dans un second temps, ils ont évalué la part de formaldéhyde parmi ces concentrations.

Ils ont ainsi pu constater que le formaldéhyde était de loin l’aldéhyde le plus présent. L’acétaldéhyde arrivait en seconde position. Les mesures ont donc permis de souligner une présence notable des aldéhydes, et notamment du formaldéhyde et de l’acétaldéhyde, au sein de cette école basse consommation. Ces constats témoignent des problématiques liées à l’air intérieur dans les bâtiments basse consommation.

Les chercheurs ont de plus observé que les concentrations de formaldéhyde pouvaient varier considérablement au sein de la même pièce selon le taux de renouvellement d’air. En effet, les concentrations de formaldéhyde étaient réduites de moitié lorsque le système de ventilation fonctionnait. Le constat était similaire pour tous les autres aldéhydes. En effet, les concentrations étaient toutes significativement réduites une fois le système de ventilation mis en marche.

Le renouvellement d’air, un paramètre crucial

Cette étude vient donc appuyer l’importance du renouvellement d’air dans les bâtiments basse consommation. Elle montre qu’un système de ventilation performant est crucial pour une bonne maîtrise des polluants de l’air intérieur. L’étude permet plus particulièrement de mettre en valeur l’efficacité du système de ventilation double flux. Pour aller encore plus loin, le choix d’un système programmable est judicieux. Il va en effet permettre une mise en marche de la ventilation lors de l’occupation du bâtiment. Un tel système évitera ainsi un fonctionnement en continu de la ventilation et donc des pertes en termes d’économies d’énergie.

Notons que les concentrations de formaldéhyde mesurées dans l’école demeurent en dessous de la valeur seuil définie par l’ANSES (100 microgrammes/m3). De plus, si la ventilation double flux peut permettre une meilleure maîtrise de ce polluant, une maintenance régulière du système est essentielle pour garantir son efficacité.

Retrouvez cette étude en libre-accès sur https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02379618.

Humidité et moisissures : quelles conséquences autres que respiratoires pour la santé ?

Objet de l’étude

Il existe aujourd’hui de nombreuses preuves des conséquences de l’exposition à l’humidité et a fortiori aux moisissures sur la santé. On peut citer entre autres le développement ou l’aggravation d’asthme, la dyspnée, les infections des voies respiratoires supérieures ou encore l’alvéolite allergique. En revanche, on dispose de beaucoup moins de données sur les conséquences autres que les pathologies respiratoires.

Ici, les chercheurs ont voulu étudier les symptômes favorisés par l’exposition à l’humidité et aux moisissures. Plus précisément, il s’agissait d’évaluer dans quelle mesure cette exposition favorisait des symptômes autres que respiratoires. Les chercheurs ont en particulier étudié l’influence de l’humidité et des moisissures sur le développement de symptômes neurologiques. Il s’agissait entre autres d’estimer si l’humidité et les moisissures favorisaient l’hypersensibilité chimique multiple (HCM).

Afin de creuser cette hypothèse, les chercheurs ont fait circuler un questionnaire auprès de deux groupes. Tous deux se composaient d’infirmières et de sages-femmes travaillant dans un hôpital d’Helsinki. Le premier groupe était exposé à l’humidité et aux moisissures tandis que le second ne l’était pas. Les chercheurs ont ensuite comparé les résultats.

Un risque de symptômes neurologiques et d’hypersensibilité chimique multiple accru

L’étude a d’abord permis de constater une forte prévalence des symptômes respiratoires dans le groupe exposé à l’humidité et aux moisissures par rapport au groupe non exposé (80% contre 29%). Mais de plus, les symptômes en lien avec le système nerveux central ou le système nerveux périphérique étaient aussi bien plus fréquents dans le premier groupe (81% contre 11%). Parmi ces symptômes, on peut citer la fatigue, les douleurs musculosquelettiques mais aussi l’hypersensibilité chimique multiple. 40% des membres du premier groupe ont reporté une HCM, contre 9% des membres du second groupe.

Apports de l’étude

Cette étude montre donc que les conséquences de l’exposition à l’humidité et aux moisissures ne sont pas que respiratoires. En effet, elle semble aussi pouvoir affecter le système nerveux. Mais plus encore, l’étude témoigne du fait que cette exposition peut favoriser le développement d’une hypersensibilité chimique multiple. Par conséquent, le risque de développer des pathologies liées à d’autres polluants augmente. Cette étude attire donc l’attention sur un facteur de risque potentiel et jusqu’à présent non décrit pour l’HCM.

Retrouvez l’étude sur https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2093791119306419?via%3Dihub