Les relations entre les facteurs socio-économiques et habitudes de vie et la qualité de l’air intérieur dans les foyers français

L’objectif de cette étude était d’établir des relations entre les facteurs sociaux-économiques et les niveaux de pollution dans les foyers français. Dans son dernier bulletin de veille, le Réseau RSEIN nous livre une analyse de cette étude.

La qualité de l’air intérieur a fait l’objet de nombreuses campagnes de mesures, que ce soit dans les habitations, les écoles, les bureaux. Des études internationales et de l’OMS montrent que la qualité de l’air intérieur est un indicateur important du bien-être et du style de vie. Néanmoins, les relations entre les facteurs socio-économiques, l’exposition à l’environnement intérieur et la santé sont complexes. Ces facteurs sont en effet déterminés par les pratiques sociales et culturelles, par le niveau d’étude, les revenus et les activités.

De 2003 à 2005, en France, l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI) a réalisé une campagne nationale de mesure de la qualité de l’air intérieur dans 567 habitations représentatives des 24 millions d’habitations principales en France métropolitaine. Les données ainsi collectées ont permis de construire la première base de données de référence en qualité de l’air intérieur (QAI).

Cette base est constituée des mesures de polluants sur 7 jours :

  • 4 aldéhydes, 16 composés organiques volatils, par échantillonneurs passifs Radiello, dans la chambre principale ;
  • particules fines (PM10) et très fines (PM2,5) dans le salon, par minipartisols, pendant les heures de présence dans les logements (week-end et de 17 h à 8 h en semaine) ;
  • moisissures dans la chambre principale pour déterminer la présence / absence via l’indice de contamination fongique.

Ces mesures ont été complétées par des données de confort : température, humidité relative, dioxyde de carbone. Sont associées à ces données physico-chimiques, des informations socioéconomiques
notamment sur les occupants (nombre, nationalité, âge et sexe), le statut professionnel, la possession d’une voiture, d’un logement, travail qualifié ou non, le niveau d’éducation, la présence d’animaux, les habitudes de vie (cuisine, tabac, bougies, encens…). Ces informations ont été obtenues via des questionnaires en face-à-face ou des questionnaires remplis par le technicien ayant réalisé les mesures.

L’ensemble des données obtenues a fait l’objet d’analyses statistiques de sorte à sélectionner un nombre limité de polluants mesurés jugés représentatifs de l’ensemble des mesures.

L’analyse de la base de données montre que près de 64 % des chefs de foyer ont un emploi, 27 sont à la retraite et 9 % ne travaillent pas. 20 % des chefs de foyer sont allés à l’école plus de 13 ans ou moins de 4 ans. Environ 90 % des chefs de foyers exercent un travail qualifié. Un dixième des foyers a un taux d’occupation élevé (moins d’une pièce par personne) tandis qu’un tiers a un taux d’occupation bas (plus de deux pièces par personne). 57 % des foyers sont non fumeurs, et 11 % des fumeurs ne fument jamais à l’intérieur de leur logement. 63 % des occupants sont propriétaires de leurs logements. 19 % des logements ont un garage attenant et environ 90 % des habitants sont propriétaires de leur véhicule. La localisation des logements est la suivante : 39 % en environnement urbain, 33 % en zone périurbaine, et 28 % en zone rurale. Ces résultats sont en accord avec les statistiques nationales.

Pour chaque polluant, une analyse détaille ses liens avec les facteurs socio-économiques, l’occupation des logements ou son environnement. Cette analyse montre des résultats variables selon
les polluants et les facteurs pris en compte. L’ensemble des données a ensuite alimenté un modèle à régression pour déterminer pour chaque paramètre étudié les facteurs les plus influents.
Il en ressort que les facteurs socio-économiques semblent influencer les niveaux en aldéhydes et COV mais pas ou peu les niveaux en poussières et en contamination fongique. Plusieurs variables socio-économiques sont liées à la concentration en air intérieur du formaldéhyde et de l’acétaldéhyde, sans que cela puisse être clairement expliqué. Les concentrations en perchloroéthylène sont plus élevées dans les logements où les revenus sont plus élevés. Cela a été observé dans de précédentes études et la capacité de ces foyers à plus haut revenus à utiliser les services de blanchisserie est une très probable raison de ce constat. Comme dans d’autres études, il a été montré ici que les concentrations en BTEX sont plus élevées dans les logements à fort taux d’occupation. Les facteurs socio-économiques ne figurent pas parmi les variables prédictives des niveaux de poussières PM2,5 et de la contamination fongique.
Finalement, le niveau d’étude ne semble pas influencer les concentrations en polluants dans l’air intérieur, en accord avec des études internationales. Néanmoins, d’autres études internationales
montrent un impact potentiel de ce facteur sur la qualité de l’air intérieur, mais en association avec le comportement des habitants du logement en termes d’aménagement et de ventilation.
Il semble donc difficile de discriminer les facteurs socio-économiques des activités des occupants et des caractéristiques du bâtiment, ces trois paramètres étant très certainement liés.

Conclusion et discussion

Cette étude met en exergue les facteurs ayant un impact significatif et déterminant sur la qualité de l’air intérieur. Dans l’ordre décroissant, on notera (i) la ventilation (formaldéhyde, acétaldéhyde, perchloroéthylène, BTEX (4), contamination fongique), (ii) le tabagisme (acétaldéhyde, PM2,5 et contamination fongique), (iii) l’utilisation d’un service de blanchisserie dans les 4 semaines précédant les campagnes de mesure (perchloroéthylène), (iv) le chauffage allumé pendant les mesures (BTEX et PM2,5), mais cela est aussi représentatif de la saisonnalité (ventilation moins importante en hiver), (v) l’âge du bâtiment (formaldéhyde), (vi) la présence d’un garage attenant au logement (BTEX), (vii) le taux d’humidité relative et la température intérieure du logement (contamination fongique). Les occupations des habitants du logement ne sont pas des variables prédictives déterminantes pour les niveaux de PM2,5, même si une influence du nombre d’utilisation de l’aspirateur par semaine a pu être montrée. Ces constats sont globalement en accord avec les études réalisées au niveau international. Selon les auteurs, la grande force de cette étude réside dans la taille et la représentativité de l’échantillon de logements étudiés.
La base de données ainsi constituée est importante et permet une analyse fine des facteurs déterminants pour les concentrations en polluants. Néanmoins, il est encore difficile de mettre en évidence des relations, directes ou indirectes, entre facteurs socio-économiques et qualité de l’air intérieur, car un grand nombre de paramètres liés aux bâtiments ou aux comportements des occupants sont, potentiellement, directement liés à ces facteurs socio-économiques (tabagisme à l’intérieur du logement, ventilation). De plus, une seule pièce a été instrumentée pendant les campagnes de mesure, ce qui peut également biaiser la représentativité du logement dans son intégralité, même si les résultats montrent que les concentrations entre la chambre et la cuisine sont proches et que la chambre a été choisie au vu du temps passé. Enfin, les mesures collectées sont des données moyennes sur 7 jours : aucune étude n’a pu être menée pour montrer d’éventuelles influences des activités sur les concentrations en polluants entre la semaine et le week-end.

Analyse issue du bulletin de veille N°44 du Réseau Rsein